Romans policiers et d’espionnage, romans populaires, romans noirs. Toute ma collection...

Des assassins, des victimes, des poulets... Meurtres et Compagnie




26/11/22


Un auteur engagé :

CHESTER HIMES

1909-1984

Révolte, humour et désespoir...

Benjamen d’une famille de trois garçons, Chester Bomar Himes est né le 29 juillet 1909 à Jefferson City dans le Missouri. Sa famille était d’un bon niveau social et culturel : un père enseignant et une mère femme au foyer qui avait suivi des études de musique au Conservatoire de Philadelphie.

Chester Himes avait environ une douzaine d’années quand survint une tragédie qui marqua à jamais sa conception des relations interraciales. Comme il avait commis quelque bêtise mineure, sa mère, pour le punir, lui interdit de participer avec son frère Joseph à une expérience de chimie qu’ils avaient tous deux préparée pour un exposé scolaire. Pratiquant seul la démonstration, Joseph fit une mauvaise manipulation et ses produits lui explosèrent au visage. Affolés, ses parents conduisirent leur fils complètement aveuglé à l’hôpital le plus proche. C’était un établissement réservé aux blancs et les médecins refusèrent de le soigner malgré les suppliques du père. De Pine Bluff (Arkansas) Joseph dû être conduit jusqu’à Saint-Louis (Missouri) pour être soigné... Pour vous donner une idée, un trajet un peu plus long qu’un Paris Marseille !

A 17 ans, ayant obtenu son diplôme de fin d’études secondaires, Chester se préparait à entrer à l’université, chose très rare pour un noir à cette époque-là. Pour financer ses études, il travaillait dans un hôtel comme liftier et alors qu’il s’appuyait sur une porte d’ascenseur, celle-ci céda et il fit une chute dans la cage vide. Il en résulta plusieurs fractures dont trois vertèbres qui l’obligèrent à porter un corset pour le restant de ses jours. Comme la porte d’ascenseur était défectueuse, les torts de l’hôtel furent reconnus et Chester obtint une indemnisation mensuelle de 50$ (en échange de sa renonciation à toute poursuite !) Il se remit relativement bien de cet accident et pu malgré tout intégrer l’université de Colombus en Ohio. Malheureusement, dans cette ambiance où prédominait largement la race blanche, il se sentit mal à l’aise, déprima, négligea ses études et fut renvoyé de l’université.

C’est ainsi que commença la dégringolade : le jeux, l’alcool, l’opium, d’abord de menus larcins puis une attaque à main armée qui à l’âge de 19 ans le mena droit en prison pour une peine de 20 ans. Paradoxalement, c’est ce passage en prison qui, en lui faisant découvrir les écrits de Dashiell Hammett et Raymond Chandler, transforma le cours de son existence en déclenchant en lui une passion pour l’écriture. C’est dans sa cellule qu’il commença à rédiger des nouvelles publiées d’abord dans des journaux destinés aux gens de couleur puis dans l’Esquire. Il fut relâché pour bonne conduite en 1936.

Décrivant les conditions de vie des noirs et le racisme, ses premiers romans n’obtinrent qu’un succès mitigé aux USA. Par contre, en Europe, l’accueil fut beaucoup plus chaleureux.

En 1953, il décida de partir pour l’Europe. Il vécut successivement à Paris, Arcachon, Londres, Majorque... Jusqu’à sa rencontre avec Marcel Duhamel qui parvint à le convaincre d’écrire des romans policiers pour sa toute nouvelle « Série noire ».

En 1958, pour « La reine des pommes » Chester Himes créa les deux inspecteurs noirs Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones. Ce roman obtint le Grand Prix de littérature policière. Les aventures de ces deux flics de Harlem se poursuivront pendant plusieurs livres encore puis l’écriture de Himes prendra une tournure plus militante.

Chester Himes est décédé le 12 novembre 1984 en Espagne où il vivait depuis 1978 en compagnie de sa seconde épouse Lesley Packard. Il souffrait depuis quelques années de la maladie de Parkinson.

En plus de ses romans policiers, il laisse un œuvre considérable.